Togo :   L’Union des « Faibles » face à un Régime monolithique, le Dictateur plus à l’aise que jamais

Togo :   L’Union des « Faibles » face à un Régime monolithique, le Dictateur plus à l’aise que jamais

Des chroniques politiques diversifiés parfois acerbes, du journaliste togolais Firmin Teko Agbo, Africa Full Success vous en proposera une fois par semaine ou chaque deux semaines. 

Firmin Teko Agbo est un chroniqueur politique très connu au Togo. Ces vérités sont parfois des mensonges et vice versa. Tout dépend de quel bord on est. L’essentiel c’est que le chroniqueur que nous allons désormais vous proposer en lecture est d’une certitude dans ses écrits qui suscite admiration.

Ces chroniques vont passer des frontières. On Est un média panafricain. Et on ne parlera pas que du Togo. mais de toute l’Afrique.

Le premier que nous avons accepté de vous laisser lire, porte sur cette belle initiative des opposants togolais qui a consisté à se mettre ensemble pour la mise en oeuvre des réformes et la décentralisation. Piètre initiative selon le chroniqueur.

Lecture

 

D’aucuns applaudissent déjà des deux mains. Et des conclusions hâtives déjà sur des lèvres.  « Adieux le laxisme et le manque de volonté du Pouvoir. Bonjour les Réformes mises en œuvre et la décentralisation rendue effective ». D’autres plus sceptiques. Surtout par rapport à un Régime qui contrôle tout et qui veut tout pour lui. Un Régime bien sérieux en ce qui concerne sa méthode de gouvernance et sa stratégie  de conservation du Pouvoir. Le réalisme ferait peut-être partie des premières clés du succès. Faure Gnassingbé, le Président Togolais n’a plus d’opposition en face de lui. Le Régime au Pouvoir depuis 1967 en avait eu peut-être.

Des partis politiques Togolais se lancent dans une nouvelle aventure. Ils sont au nombre de 11. Deux regroupements de partis politiques. CAP 2015 et le Groupe des 6.  Et ils se sont mis ensemble depuis le jeudi 08 juin 2017 pour une démarche commune. Amener le Pouvoir à opérer les réformes institutionnelles et Constitutionnelles et à lancer efficacement le processus de décentralisation. Les dernières élections locales au Togo datent de 1987. La démarche unitaire ou solitaire du passé n’a pu faire fléchir le Pouvoir Gnassingbé. Ils croient en leur nouvelle union. Ils se croient déjà une force. Mais le coté visible de la chose loin de convaincre. Mais pas de conclusion à la hâte.. Analysons plutôt.

                                        Exhibons quelques partis du CAP 2015…

ANC. Alliance Nationale pour le Changement. Deuxième force politique du pays. Du moins sur le plan électoral. Parti populiste. Son Leader Jean-Pierre Fabre est le Chef de file de l’Opposition Togolaise. Le Pouvoir l’a fragilisé avec ce titre. Et lui-même empire la situation. Plusieurs fois, il a demandé à rencontrer le Chef de l’Etat. Il lui écrit et en parle publiquement. Ce dernier l’ignore. Cela l’embarrasse et il en fait cas sur une chaine internationale. Le non-respect du protocole l’écarte du jeu. Le Président Togolais le considère moins. Sa force s’amenuise. Ce qui renforce le Pouvoir. Une situation qui fait perdre du terrain à sa formation politique. De plus, Fabre se montre toujours trop Nationaliste. Il se croit toujours dans les années 60. Dans la plupart de ses discours « Ce sont les Blancs qui ont créé cette situation, ce sont des Blancs qui nous ont divisés. ». Des discours en déphasage avec la politique moderne. Il refuse de se moderniser. Ce qui lui complique les choses à l’international. Donc rien pour obliger le Président Gnassingbé à opérer les réformes. Mention : Faible !

CDPA.  Convergence Démocratique des Peuples Africains. « Parti des Intellectuels ». Dirigée par une Force politique impressionnante, Brigitte Adjamagbo-Johnson, Secrétaire Générale. Les cadres de cette formation politique ont toujours été bien appréciés pour la profondeur de leurs réflexions. Mais insuffisant pour constituer un poids lourd sur l’échiquier politique Togolais. Sur le terrain, il n’existe presque pas. Le parti n’a rien qui puisse obliger le Régime au Pouvoir à opérer les réformes.  Mention : Faible !

PSR. Pacte Socialiste pour le Renouveau. Dirigé par un Grand intellectuel. Komi Wolou,  Agrégé des Facultés de Droit. Doyen de la Faculté de Droit de l’Université de Lomé. Le Parti a un peu existé avec sa participation à la Présidentielle de 2003. Le Président-Candidat était Dahuku Péré, Ancien Président de l’Assemblée nationale. Depuis lors, le Parti ne se contente que de petites réunions. Presque vide. Le Professeur Wolou demeure le seul poids lourd de ladite formation. Il se bat tout seul pour donner une certaine vie à sa formation. Son honnêteté et  Sa sincérité loin de faire de lui un Superman. Ses collaborateurs loin de lui ressembler.  Il risque d’être essoufflé. Courage Professeur ! Le PSR en l’état face à ce Régime, n’existe pas. Donc le Président dort tranquille sans se soucier des réformes. Mention : Faible !

 

UDS-Togo.  Son Patron Antoine Folly est un Ancien Ministre du Togo. Pas trop connu. Son Parti non plus. Bien impopulaire. Même dans sa propre localité. Il ne peut faire trembler le Régime en place. En aucun cas.  Mention : Faible !

                                                     Le Groupe des 6

ADDI. Aimé Tchaboré Goggué est son Président. Candidat malheureux à la dernière Présidentielle. Il a raflé quelques voix dans son fief à Dapaong au Nord du Togo. Présent à l’Assemblée Nationale. Mais insuffisant pour constituer une force pouvant contraindre le Régime à céder devant la Problématique des Réformes. Mention : Faible !

 

FDR. Tout nouveau Parti politique. Créé en 2016, il est fondé par les dissidents du Comité d’Action pour le Renouveau, CAR, un des vieux partis politiques du Togo. Son Président l’Avocat Dodji Apévon autrefois Président du CAR n’a jamais constitué un poids pour le Pouvoir. Ses Anciens Collègues avaient demandé son départ de la tête du parti pour insuffisance de résultat. Il ne représentait pas grand-chose devant le Pouvoir Cinquantenaire. Moins posé mais intelligent. Insuffisant pour faire plier le Régime face aux Réformes. Mention :  Faible !

 

Les Démocrates. Créé par Nicodème Habia, un dissident de l’UFC, Union des Forces du Changement de Gilchrist Olympio( l’opposant le plus populaire dans l’histoire du Togo ). Ancien Député Togolais au Parlement de la CEDEAO. Toujours très actif sur le terrain. Admiré pour son énergie, sa fougue et sa jeunesse, il est l’un des défenseurs de la souveraineté populaire. Mais insuffisant pour amener Faure Gnassingbé à céder devant la question des réformes.  Mention : Faible !

 

MCD. Président : Traoré Tchassona. Parti trop ethniciste. Les TEM. Moins rassembleur. Ancien Candidat à la dernière Présidentielle. Moins connu. Il n’a rien pour inquiéter le Régime cinquantenaire. Mention :  Faible !

Parti des Togolais. Nathanael Olympio un des Patrons. Il accorde quelques interviews à certains organes de presse. Le Parti cherche à exister. Mais il s’essouffle. Rien pour faire plier le Président Togolais Gnassingbé. Mention : Faible !

 

Le Togo Autrement. Parti moins connu.  Fulbert Attissoh, Président. Intelligent, méthodique dans ses démarches et raisonnements,  courageux, auteur de plusieurs livres. Insuffisant pour faire plier un Régime si dur devant les Réformes. Mention : Faible !

 

Mention totale : Faible. Ce Nouveau Regroupement manque d’un supplément d’âme. En face,  un Régime dur construit sur le prisme ethnique, riche contrôlant toutes les richesses du pays, soutenu par une armée qualifiée de tribale par ces opposants, un Régime qui connait tous les 10 derniers Présidents Américains et tous les Présidents de la Vème République Française.

La question des réformes semble très importante pour le Pouvoir. Peut-être pas autant pour l’Opposition. Et le Pouvoir met tout en branle pour s’interdire d’opérer les réformes substantielles. En tout cas telles que souhaitées par l’Opposition.  Retourner à la version originale de la Constitution Togolaise de 1992. Limiter le mandat présidentiel (5 ans renouvelable une seule fois) élections à deux tours et déverrouiller les institutions de la République pour avoir un Président moins Puissant. Question très importante. Mais l’Opposition semble la traiter avec légèreté.

Le Régime Togolais a eu une Opposition. Celle qui a existé de 1990 à 2005. Elle a fait trembler le Pouvoir ce qui a permis d’obtenir un certain nombre de choses. Mais Faure Gnassingbé a pris 5 ans (2005-2010) pour la faire «disparaitre » surtout avec la nomination d’Edem Kodjo et de Me Yaovi Agboyibor comme Premier Ministre respectivement en 2005 et en 2006 et avec la signature de l’Accord RPT-UFC en Mai 2010. Une nouvelle Opposition a failli se créer  en 2012 avec le CST, Collectif Sauvons Le Togo. Mais le Pouvoir a tout de suite pris le contrôle de la situation. La dispersion ou la répression à coup de gaz lacrymogène de la plus grande manifestation populaire de Juin de cette année « Deckon » signe le Décret de décès de cette « Opposition émergente ».   De petites querelles des partis politiques auraient facilité les choses au Président.

Aujourd’hui, Faure Gnassingbé est plus que jamais à l’aise. Le Jeune président qui soufflait le 6 juin dernier ses Cinquante et une bougies n’a plus d’adversaire de poids en face de lui. Ce qui renforce son Pouvoir. Une situation qui l’aide à asseoir son règne. Il contrôle tout, ignore le Chef de file de l’Opposition, parle peu. Il se dit peut-être qu’il n’a de compte à rendre à personne. Il gère le pays selon son bon désir et son bon vouloir.  Il construit sa dictature. Peut-être mieux que son Père. Son Peuple vit  dans une précarité avancée avec moins d’un dollars par jour. Avec plus de 12 ans passés au Pouvoir, tout montre clairement que le Jeune Président-Dictateur n’a pour le moment aucune envie de créer les conditions d’une quelconque alternance. Son Régime se renforce. Un Régime monolithique et bien sérieux. Et en face 11 formations politiques bien faibles. Il dort tranquille.

                                                           Firmin Teko-Agbo, Journaliste-chroniqueur politique. 

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